Remise de la Légion d'Honneur à Philippe AUBERGER par François FILLON

Publié le par Ensemble, assurons l'avenir de Joigny


Discours de M. François FILLON -
Hôtel Matignon, 26 juin 2008

***

" Philippe AUBERGER, Vous me permettrez de commencer votre éloge de manière paradoxale : par la fin, et en citant un de vos adversaires.

Voici l’hommage qu’après votre départ de l’Assemblée nationale, où vous étiez député de l’Yonne depuis plus de 20 ans, un candidat de gauche vous rendait : « L’opposition à Philippe AUBERGER nous a toujours permis de demeurer dans le strict champ de la vie publique, du débat d’idée pour des modèles de société distincts, et dans le cadre précieux de la démocratie. Qu’il en soit remercié. »

 Vous remercier, c’est un peu ce que je veux faire ce soir en saluant à mon tour votre probité, votre compétence, et la qualité républicaine de votre engagement.

 Votre formation, Philippe AUBERGER, est celle d’un talentueux Inspecteur des finances, polytechnicien et énarque, aujourd’hui encore expert reconnu en comptes publics.

Je ne souligne pas ce talent sans raisons : on verra qu’il influe à la fois sur votre activité professionnelle et sur votre action d’élu.

Au ministère de l’Économie et des Finances, vous menez de 1969 à 1983 une carrière prestigieuse, que scandent vos affectations à la DGCCRF, puis à l’Inspection générale des Finances.

Une parenthèse l’interrompt - qui est certainement plus qu’une parenthèse pour vous : de 1974 à 1976, vous êtes chargé de mission auprès de M. Jacques CHIRAC, Premier ministre, responsable des questions économiques et financières.

Philippe AUBERGER, j’ignore si c’est à Matignon que le goût de la politique vous prend ; mais je sais qu’un an plus tard, à peine, vous remportez vos premières élections locales.

 Une coulée de toits brun-rouge, allongée le long de l’Yonne ; une ville d’histoire et de culture, surplombée par l’église Saint-Jean : pour vous, la passion politique a pris les apparences de Joigny.

 Élu maire de cette cité bourguignonne en 1977, vous le resterez pendant plus de trente ans.

Ce n’est pas vous, cher Philippe AUBERGER, qui nierez que certains chiffres valent de longs discours !

De votre action municipale, je ne dirai donc que l’essentiel : que son réalisme fut salué de tous, et qu’elle s’exerça au bénéfice incontesté de la ville.

En 1991, vous obtenez son classement comme "ville d’art et d’histoire ».

En 2005, vous l’inscrivez aussi dans la modernité, en expérimentant le « bilan carbone » sous le parrainage de l’ADEME.

Beaucoup savent que Joigny, ouverte à l’art de vivre, accueille un des meilleurs restaurants français.

Ils sont peut-être moins nombreux à savoir que son château est celui des Gondi, et que le cardinal de Retz y passa une partie de son enfance.

Dans la ville de cet intenable frondeur, il était inévitable que des dissensions agitent un microcosme politique prompt à débattre... Elles ne vous ont pas découragé d’exercer consécutivement trois mandats de vice-président du Conseil Général, et cinq mandats de député !

 Mesdames et messieurs, Philippe AUBERGER a été pour Joigny un excellent maire, et il a été pour l’Yonne un excellent député. Un excellent député, c’est un homme qui défend les intérêts de sa circonscription ; mais c’est aussi, et d’abord, un homme qui met sa compétence au service de la responsabilité collective.

 Philippe AUBERGER est un remarquable technicien des domaines budgétaires, économiques et financiers.

Membre de la Commission des Finances, il a pris part aux commissions d’enquête visant la gestion des entreprises publiques, le financement des partis politiques, les opérations de privatisation...

Il a été vice-président de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Politiques Publiques.

De 1993 à 1997, enfin, il a occupé le poste clé de rapporteur général du Budget.

En chaque circonstance, il a mis son point d’honneur à œuvrer dans le sens de l’équilibre budgétaire, à des époques où tant d’autres s’arrangeaient des facilités du déficit.

Il a fait en sorte qu’à chaque législature, les parlementaires puissent rendre aux Français un compte aussi rigoureux que possible de la dépense publique.

 J’ai eu vent, Philippe AUBERGER, du réquisitoire chiffré que vous avez récemment dressé contre François PATRIAT et la gestion du Conseil Général de Bourgogne – épinglant les frais de déplacement farfelus, les budgets de communications exorbitants, les subventions improductives...

 Je garde en mémoire vos mises en garde contre l’inflation – elles sont d’actualité.

Je garde aussi le souvenir de l’importance que vous donniez, dès 1995, à l’équilibre des comptes pour la confiance des investisseurs étrangers.

Vos exigences ne cessent pas de nous guider, et c’est de bon augure pour la France.

 Un excellent député, Philippe AUBERGER, c’est encore un homme qui possède un vrai projet politique.

On trouvera le vôtre dans le titre de vos cours à Sciences Po : « Les politiques publiques en faveur de la croissance ».

On le trouvera dans vos interventions au conseil d’orientation d’OSÉO.

On en trouvera aussi les éléments dans un livre publié en 2003, et qui s’intitule La Démocratie à l’épreuve des marchés. Je sais que vous y décrivez notamment l’inflation législative, le poids des groupes de pression et des mouvements de l’opinion dans l’adoption de lois de circonstances trop nombreuses.

Je pense que la révision institutionnelle en cours va dans votre sens, en renforçant l’autonomie du Parlement, et en élargissant ses propres moyens de contrôle.

 Philippe AUBERGER, Vous avez présidé de 2002 à 2007 la Commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations. Puis en février 2007, une autre fonction s’est présentée à vous, qui a exigé la démission de votre mandat parlementaire. Jean-Louis DEBRÉ vous a alors nommé membre du Comité monétaire et du Conseil général de la Banque de France. Dans la première de ces instances, vous examinez la situation économique et les évolutions monétaires ; vous transposez les orientations arrêtées par la BCE.

De la seconde dépend l’administration de la Banque de France.  Je crois que ces responsabilités sont grandes ; qu’elles épousent chez vous une ambition pour la France ; et je voudrais que ces insignes de chevalier de la Légion d’honneur en consacrent l’exercice."

 

 

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